Mai 2026 : SSA en est où ?

Mai 2026 : SSA en est où ?

Le Comité de Réflexion et d’action vers une SSA du pays de Lorient a deux ans


Cela fait maintenant deux ans que Cohérence accompagne le CREA-SSA. Comité de réflexion est d’action vers une SSA du pays de Lorient qui souhaite lancer une première expérimentation de caisse locale de l’alimentation à l’automne 2026 sur Lorient.


Deux ans, 41 séances de plénières collectives où on expérimente la démocratie participative et autant de séances de commissions de travail spécifiques sur le conventionnement des producteur.rice.s, la gouvernance et la structuration juridique du projet, le financement ou encore la communication pour finaliser les modalités de la phase 0 de l’expérimentation.


Les perspectives à long terme imaginées sont :

  • Socialiser toute la chaîne de l’alimentation de la production à la distribution en la sortant de la logique marchande pour un Droit à l’alimentation digne pour toutes et tous. 
  • Sécuriser socialement les travailleu.r.se.s de l’alimentation notamment dans un premier temps les paysan.ne.s 
  • Sécuriser les outils et moyens de production en les sortant de la logique de la propriété privée, en favorisant l’installation, ou assurant des débouchés.

La future caisse imaginée par le collectif serait idéalement adossé à un lieu socialisé avec un duo épicerie – cantine accessible par des foyers membres au profils socio-économiques divers et représentatifs du territoire.

Les futurs foyers membres pourraient une fois par semaine dans un premier temps :

  • S’approvisionner en produits frais et secs locaux et de producteur.ice.s et transformateur.ice.s conventionné.e.s par la caisse
  • Partager un repas à la cantine populaire

Les foyers membres cotiseraient dans une sorte de pot commun en fonction de leurs moyens.
Ces cotisations permettraient non pas de recevoir « une allocation à dépenser » dans un réseau conventionné mais un droit à l’alimentation
Et le montant du pot commun de financer des salaires (cotisations inclues)  pour les product.eur.rice.s, transformat.eur.rice.s, cantinier.e, épicier.e…et ainsi sécuriser les travailleur.euse.s de l’alimentation.


Concrètement, cela pourrait ressembler à ça

crédit Sophie Bougrat



Les contours de cette future caisse ont été présenté lors d’une intervention à une table ronde début Avril dans le cadre des 80 ans de la sécu sur les nouvelles branches en cours d’exploration notamment celle de l’alimentation en présence de Bernard Friot.

Retour sur la table ronde du 1er Avril « Les nouvelles conquêtes : perspectives d’élargissement de la Sécurité sociale »

Mercredi 1er avril 2026, à la Maison des associations Jean Le-Coutaller à Lorient, dans le cadre des 80 ans de la Sécu, s’est tenue une table ronde sur des propositions d’élargissement de la Sécurité Sociale à de nouveaux secteurs : Sécurité sociale de l’alimentation, Sécurité sociale de la culture et Sécurité sociale de la mort. La soirée s’est poursuivie à partir de 20h par une conférence du sociologue et économiste Bernard Friot, théoricien du « salaire à vie » et soutien de ces initiatives d’élargissement de la Sécurité Sociale.

En introduction, le journaliste Patrick Le Hyaric nous a rappelé dans un contexte grandissant d’insécurité collective d’accès aux biens communs l’importance d’une reconquête de certains droits et de la démocratie qui prévalait dans le projet initial de Sécurité Sociale tel qu’imaginé par Ambroise Croizat


La table ronde s’est ouverte sur la présentation de la Caisse commune de l’alimentation de Lorient par Salomé Tanguy (maraîchère au GAEC du Champ des Tours, la ferme urbaine de Bois du Château) et Isabelle Harlé (productrice de semences paysannes et impliquée dans la néo-paysannerie vivrière), toutes les deux membres du collectif CREA-SSA (Comité de réflexion et d’action vers une Sécurité sociale de l’alimentation).

Elles ont notamment pu rappeler les inspirations du collectif par le travail de Bernard Friot et Réseau Salariatetavec pour ambition principale d’aller vers une socialisation de la filière de l’alimentation.


En effet, nous a rappelée Salomé , la construction de cette Caisse de Lorient se fonde sur les 3 piliers fondateurs de la Sécurité sociale de l’alimentation et inspirés de la Sécurité Sociale mise en place dès 1946 :

  • Les cotisations (tous les membres de la caisse cotisent selon leurs moyens)
  • L’universalité (le Droit à une alimentation choisie et de qualité pour toutes et tous)
  • Le conventionnement (c’est-à-dire le droit de regard et de décision des membres sur les professionnel.les conventionné.es)

Comme nous l’avions développé dans l’article « Retour sur la table ronde consacrée à la SSA « , le collectif CREA-SSA pour sa Caisse commune de l’alimentation de Lorient ambitionne un fonctionnement innovant par rapport aux Caisses d’alimentation existantes sur d’autres territoires :

Depuis 4 ans, de nombreuses expérimentations fleurissent partout en France. À l’image de la caisse de Montpellier la première et la plus connue et prennent souvent la forme du versement d’une allocation autour de 100-150€ verse à ses membres en contrepartie de cotisations différenciés en fonction des revenus et soutenu par des subventions publiques. Cette allocation permet de s’approvisionner auprès d’un réseau de product.eur.rice.s et de distribution conventionné.e.s 

Fort des retours de ces expérimentations, le collectif lorientais imagine d’autres spécificités pour cette future caisse commune de l’alimentation.

D’une part, en sécurisant les travailleur.ses de l’alimentation par la mise en place d’un salaire fixe, donc non plus une rémunération à l’acte mais une rémunération à la qualification. Ce seront les cotisations qui permettront de salarier les travailleur.euses de l’alimentation. Ce salariat permettrait de sortir de la logique marchande qui précarise les agriculteur.ices, et ainsi de leur garantir une sécurité économique. Cela permettrait aussi de lutter contre la course aux quantités produites qui engendre une prédation sur les terres, une baisse de la qualité et en conséquence impacte la santé des consommateur.ices comme des producteur.ices (voir « l’injuste prix de notre alimentation »)

La caisse de Lorient soutient la recherche de qualité des produits, la qualité des conditions de travail des producteur.ices avec des pratiques agricoles qui préservent les milieux.
Pour rappel une étude récente du Shift Project : « La quasi-totalité des agriculteurs (+ de 90%) sont prêts à accélérer ou engager leur transition vers des pratiques agroécologiques » à condition que cela n’impacte pas négativement leur niveau de vie, déjà plus que précaire.

Des réflexions autour de nouveaux statuts des agriculteur.ices sont en cours, avec par exemple l’idée de créer une « Société coopérative de production » a évoquée la maraîchère Salomé Tanguy. A moyen terme, il serait aussi question de communaliser les outils de production, lesquels seraient financés au moins en partie par le collectif cotisant : « être salariée et co-décisionnaire de mon outil de production c’est super ! » lance Salomé Tanguy.


D’autre part, il s’agira de permettre également aux foyers cotisants de sortir de la logique marchande (un foyer étant définit par CREA-SSA comme les membres qui mangent quotidiennement à la maison). Ainsi, les foyers cotisants se serviront selon leurs besoins dans les points de distributions conventionnés (producteur.ices, épiceries, cantines…), la cotisation financière
selon les moyens de chacun.e.s ayant eu lieu en amont.


Enfin, la caisse commune de l’alimentation de Lorient se construit sur un modèle de démocratie participative, par des prises de décision collectives en connaissance de causes tant sur les critères de conventionnement, que sur les critères de cotisations ou encore sur la structuration administrative de la caisse. Cela implique de l’autoformation, de l’éducation populaire, l’appropriation d’outils de cogestion et une implication forte des membres du collectif dans les réflexions communes. De nombreuses questions sont encore ouvertes, comme par exemple l’assiette de cotisations à privilégier : les revenus net ? bruts ? Les revenus du travail ? du capital ?…


Le collectif CREA-SSA recherche donc pour fin 2026 à début 2027 « un lieu, comme une épicerie ou une cantine commune, auquel on associe les foyers cotisants au collectif de production, on organise un flux d’argent des foyers cotisants vers un pot commun qui sert à rémunérer les producteurs. En échange, un flux d’aliments sans prix est servis en fonction des besoins de chacun.e. » nous précisent Salomé Tanguy et Isabelle Harlé.





D’autres branches sectorielles ont été présentées également lors de cette table ronde.

Alexandra, artiste, enseignante et militante pour la Sécurité sociale de la culture qui a présenté l’ambition, sur le modèle de la Sécurité sociale, d’instaurer le salariat des travailleur.ses de la culture de sorte à leur permettre une sécurité économique favorable à la production culturelle et via un système de cotisations culturelles, ainsi que la mise en place de structures de diffusion conventionnées collectivement pour un accès universel et sans condition à la culture. Enfin, Cécile, croque-mort, a présenté le projet de Sécurité sociale de la mort. Il s’agirait de socialiser les côuts de la mort, c’est-à-dire d’instaurer le remboursement automatique des obsèques de manière universelle et de structurer un accompagnement des personnes endeuillées.
Ces autres branches imaginées peuvent être des sources d’inspiration.

La vidéo de la table ronde est à retrouver en ligne ici

La table ronde s’est clôturée sur le questionnement de Bernard Friot : comment mettre concrètement en place ces élargissements de la Sécurité sociale ? Et Comment retrouver ses ambitions originelles de gestion collective, de démocratie réelle dans les processus de décision et de sécurisation des travailleur.ses des différents secteurs ? Qui nous invitait à rester pour sa conférence : « Comment retrouver l’ambition originelle de la sécurité sociale ? » dont vous pouvez aussi retrouver le lien ici


Une première phase d’expérimentation à l’automne 2026

Concrètement, une pré-expérimentation devrait commencer à l’automne 2026 imaginé pour le moment en partenariat avec une AMAP et un centre social de Lorient avec sans doute 20 à 30 foyers pour démarrer et venir déjà tester à petite échelle au moins une partie des paramètres présentés plus haut.


Pour continuer à suivre les avancées du projet, un site dédié vient de sortir ssalorient.org

Contacts

Si vous souhaitez contacter les membres du collectif, avoir des informations sur l’avancée du projet ou encore rejoindre le CREA-SSA n’hésitez pas à écrire à SSALorient@proton.me ou à Sophie Bacrot, chargée de mission démocratie alimentaire chez Cohérence qui accompagne le collectif et le projet sophie.bacrot@reseau-coherence.org