Retour sur la table ronde consacrée à la Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA)

Retour sur la table ronde consacrée à la Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA)

Le 5 Février à l’UBS de Lorient se tenait une table ronde consacrée à la Sécurité Sociale de l’Alimentation.
Cette table ronde organisée par l’association des consom’acteurs de la Biocoop et l’UPPL l’université Populaire de Lorient et animée  par Raphaël Baldos journaliste à Splann a réuni une centaine de personnes.

Durant deux heures, nous avons pu entendre 4 intervenant.e.s :
Léo Flipon maraîchère au GAEC des Simones et porte parole de la Confédération Paysanne du Morbihan. Salomé Tanguy maraîchère au GAEC du Champs des Tours, la ferme urbaine de Bois Du Chateau et Isabelle Harlé qui s’implique dans la néo- paysannerie vivrière et productrice de semences paysannes toutes les deux membres du CREA-SSA (Comité de réflexion et d’action vers une SSA) de Lorient né il y a 18 mois et accompagné par les associations Cohérence et Optim’ism qui est en cours d’élaboration d’une future caisse locale de l’alimentation sur Lorient. Et Joël Penguilly représentant du Fonds de dotation Biocoop qui soutien financièrement la future expérimentation de caisse lorientaise.



Après une introduction pour reposer les bases de ce qu’est la Sécurité Sociale de l’Alimentation 
Salomé et Isabelle du CREA-SSA ont pu nous présenter la vision et les contours de la future caisse commune de l’alimentation imaginée pour l’automne 2026. 

La vision politique du projet : 
  • Socialiser toute la chaîne de l’alimentation de la production à la distribution en la sortant de la logique marchande pour un Droit à l’alimentation digne pour toutes et tous. 
  • Sécuriser socialement les travailleu.r.se.s de l’alimentation notamment dans un premier temps les paysan.n.e.s
    A l’instar de ce que rappelle Léo de la confédération paysanne :
  • Sécuriser les outils et moyens de production en les sortant de la logique de la propriété privée, en favorisant l’installation, ou assurant des débouchés. 

Pour matérialiser cette vision, le CRÉA – SSA travaille actuellement sur le lancement d’une première expérimentation de caisse commune de l’alimentation qui devrait voir le jour à l’automne 2026. 

Concrètement cette caisse commune pourrait ressembler à un lieu socialisé avec un duo épicerie – cantine accessible par une centaine de foyers membres au profils divers une fois par semaine dans un premier temps. Les futurs foyers membres pourraient :

  • Partager un repas à la cantine populaire
  • Les foyers membres cotiseraient dans une sorte de pot commun en fonction de leurs moyens.
  • s’approvisionner en produits frais et secs locaux et bios de producteur.ice.s et transformateur.ice.s conventionné.e.s par la caisse
  • Ces cotisations permettraient de financer des salaires pour les product.eur.rice.s, transformat.eur.rice.s, cantinier.e, épicier.e… 

En présentant la future caisse commune de l’alimentation lorientaise, Isabelle et Salomé du CRÉA – SSA ont mis l’accent sur 3 grands points de ruptures de l’expérimentation lorientaise.

En effet, depuis 4 ans, de nombreuses expérimentations fleurissent partout en France. À l’image de la caisse de Montpellier la première et la plus connue et prennent souvent la forme du versement d’une allocation autour de 100-150€ verse à ses membres en contrepartie de cotisations différenciés en fonction des revenus et soutenu par des subventions publiques. Cette allocation permet de s’approvisionner auprès d’un réseau de product.eur.rice.s et de distribution conventionné.e.s 

L’expérimentation lorientaise a été imaginé autrement et souhaite tester d’autres paramètres.

1er point de rupture : sécuriser les travailleur.se.s de l’alimentation. 

En s’appuyant sur les travaux de Bernard Friot et du réseau salariat sur un salaire à la qualification et non à l’acte, le collectif imagine des paysan.ne.s recevant un salaire sur d’autres critères que le prix de marché et les quantités produites.
Sécurisant en fonction des aléas de production et soutenant le travail paysan au cœur du système alimentaire. 
L’inspiration vient également de la charte initiale des AMAP. 

Léo de la conf paysanne nous rappelle que la question de rémunérer le travail paysan est un des points central de revendication de la confédération paysanne car sans cela pas de paysan.ne.s!

Joël représentant du Fonds de Dotation Biocoop qui soutien Solidarité Paysans insisté également sur le fait que 40% des agriculteurs.ices en difficulté sont en bio. 

2eme point de rupture : pas de prix dans le futur « lieu commun de l’alimentation » 

L’idée est de venir expérimenter un rapport non marchand à l’alimentation mais bien un droit à l’alimentation. 
Ainsi dans le lieu il n’y aura pas d’échange monétaire. Les foyers membres verseront leurs cotisations en fonction de leur moyens et pourront avoir accès aux produits de l’épicerie disponibles ou à la cantine qui n’auront pas de prix affichés. 

3eme point de rupture : une autodétermination des besoins Et une culture de l’autogestion comme pilier de fonctionnement de la caisse.

Dans cette phase d’expérimentation, le dimensionnement des quantités globales produites sera co-construit entre le CREA-SSA et les producteur.ice.s en se basant par exemple sur des données du GAB (groupement des agriculteur.ice.s bio) pour 100 foyers et des capacités des producteur.ice.s conventionné.e.s. 
Ces données pourront aussi être utilisées pour donner des ordres d’idées recommandées mais ce seront les foyers-membres eux même qui autodetermineront leur approvisionnments chaque semaine en fonction de leurs besoins. 
Un cahier de suivi pour affiner les quantités au fil du temps et des AG autogérées auront lieu afin de faire vivre cette expérience collective et participative. 

L’idée serait de commencer à l’automne avec quelques product.eur.rice.s pour tester et éprouver le modèle notamment les questions contractuelles et l’autogestion et d’intégrer au fil des mois de nouvelles filières. 

La structuration de la caisse juridique et économique est en cours et le collectif est accompagné par les juristes engagé.e.s sur ces questions. 
Les cotisations des membres sont un des points central du financement mais comme le souligne Isabelle il sera nécessaire au démarrage d’amorcer la pompe et de sécuriser le modèle avec des apports comme des subventions publiques ou fonds de mécènes pour de potentiels avance de salaires ou investissements au lancement. 
À l’image du soutien du Fonds de Dotation Biocoop qui soutien le lancement de la future caisse lorientaise pour un montant de 10.000€ 
Ou encore peut être une campagne de financement participatif pour investir dans du matériel de stockage ou la logistique 

Léo de rappeler en clôture de table ronde qu’il ne faut pas « aider les agriculteur.ice.s » mais bien repenser le système et donner aussi les moyens aux personnes de « payer » ce qu’iels mangent! 
Illustrant son propos par l’étude l’injuste coût de notre alimentation du réseau Civam. 

Les coûts de la dépollution des eaux, des sols, du marketing et du packaging, de la distribution, de la santé pourraient par exemple revenir plutôt au travail paysan.,
Selon elle, aller vers une sécurité sociale de l’alimentation est un des outils qui permet cela. 

Collectivement suite aux questions du publics, les intervenant.e.s ont posé l’importance de travailler à lever les potentielles violences socio-culturelles ou le manque de légitimité de l’accès à la bio que pourraient perpétuer ces expérimentations de caisse et sortir de l’entre soi.
Avec l’importance de faire réseau avec les « déjà là » du territoire. 
Le CRÉA – SSA est en lien notamment avec le collectif eco-citoyens du quartier Bois du Château et entre autres les centres sociaux des différents quartiers de Lorient. 

Si vous souhaitez rejoindre le CREA – SSA, avoir des informations sur l’avancée du projet ou devenir futurs membres de la caisse n’hésitez pas à écrire à SSALOrient@proton.me


Sophie Bacrot, chargée de mission démocratie alimentaire

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