A la découverte de « Sobriété heureuse », porté par le Réseau Cohérence

A la découverte de « Sobriété heureuse », porté par le Réseau Cohérence

En 2025, l’ADEME Bretagne a lancé un appel à projets « Consommation Responsable » avec une ambition claire : faire émerger quatre démonstrateurs capables de transformer durablement les habitudes de consommation tout en accélérant le développement d’offres alternatives.

Une initiative qui résonne avec les enseignements du dernier baromètre GreenFlex-ADEME*, lequel confirme une tendance de fond : l’envie de mieux consommer s’ancre dans les comportements, tandis que la santé devient un critère de plus en plus déterminant dans les choix des consommateurs.

Durant le mois de septembre, Bretagne Circulaire vous emmène à la découverte de ces projets démonstrateurs. Aujourd’hui, focus sur le projet « Sobriété heureuse ».

Crédit : Réseau Cohérence, Assemblée des acteurs 01/07/2026



Le Réseau Cohérence : mettre les citoyens au cœur de la transition

Sobriété heureuse est un projet porté par le Réseau Cohérence. Basée à Lorient, l’association intervient dans toute la Bretagne pour accompagner les territoires dans leur transition écologique. Avec toujours à cœur de faire du citoyen un acteur du changement, elle favorise la création d’espaces de dialogue, de coopération et de gouvernance partagée.


La naissance du projet

À la suite du lancement de l’AMI par l’ADEME, le Réseau Cohérence a sollicité plusieurs communes et intercommunalités bretonnes. C’est auprès de Liffré-Cormier Communauté que la proposition a trouvé un écho particulier.
Les deux partenaires ont alors construit une feuille de route commune donnant naissance à « Sobriété heureuse ». Le projet vise à accompagner la transformation des pratiques des habitants et l’évolution du tissu économique local vers davantage de sobriété.
L’ADEME définit la sobriété comme ‘une démarche visant à réinterroger les besoins individuels et collectifs pour y répondre en adaptant nos modes de vie et de production afin de réduire les émissions de GES et la pression sur les ressources, tout en poursuivant des objectifs d’équité sociale et d’intérêt général’




Une gouvernance partagée

Le comité de pilotage du projet, rapidement renommé « comité de coopération » réunit au départ le Réseau Cohérence, la ville de Liffré, Liffré Cormier Communauté, le Tiers-lieu le Tacot et l’ADEME pour s’agrandir au fur et à mesure à d’autres acteurs.

Pascale Guiffant, Co-fondatrice d’Open Lande intervient en tant que conseillère « Consommation Responsable ». Ses missions consistent notamment à soutenir ce collectif dans la mise en place de la gouvernance, à conseiller et proposer des méthodes d’animation ainsi qu’à aider à l’élaboration et au partage d’un état des lieux du territoire

Dès l’origine, la volonté était de construire une gouvernance partagée, dans laquelle la société civile occupe toute sa place. C’est tout l’enjeu de l’Assemblée des acteurs, composée d’associations, d’entreprises, de collectivités et d’habitants. Réunie pour la première fois début juillet, l’Assemblée a vocation à faire émerger de nouvelles pistes d’action pour le territoire.


Une vision pour le territoire à dix ans


Lors du premier comité de coopération, un exercice de prospective a été proposé aux participants. L’idée : imaginer le territoire dans dix ans dans une version sobriété heureuse.

Dans cette vision, les liens aux autres occupent une place plus importante et les modes de consommation ont évolué vers davantage de simplicité.

Moins de biens, plus de liens : avant d’acquérir un objet, les habitants s’interrogent sur son utilité et sur son mode d’acquisition, en intégrant des solutions comme le prêt, la location ou le partage.

En parallèle, le tissu économique local évolue lui aussi vers davantage de sobriété grâce à la transformation progressive des filières.

Cette vision s’appuie sur un territoire déjà familier de ces enjeux. Le Plan alimentaire territorial (PAT), le Plan climat-air-énergie territorial (PCAET) ou encore les tiers-lieux de transition montrent qu’il est possible de passer à l’étape suivante : toucher davantage d’habitants et diffuser plus largement les réflexes de sobriété.

Gwenael Dumont, Vice-Présidente à la transition écologique à Liffré Cormier Communauté


« Pour moi, le projet Sobriété Heureuse s’inscrit à la fois dans une continuité et une nouveauté. En effet, Liffré-Cormier Communauté s’engage depuis longtemps en faveur de la transition écologique, mais ce projet apporte un nouvel outil de dialogue avec les citoyens et les entreprises. Mon objectif est d’aller plus loin avec eux, en favorisant une appropriation plus large de la sobriété environnementale par tous ces acteurs.

Le projet doit nous permettre d’élargir notre public et d’embarquer une diversité d’acteurs dans des initiatives concrètes, comme la création d’une société d’autoconsommation photovoltaïque impliquant collectivités, entreprises et habitants, ou encore le développement de l’économie circulaire avec davantage d’entreprises engagées — et, par conséquent, des consommateurs plus responsables. Dans chaque projet, à chaque étape, la sobriété doit rester au cœur de nos actions.

Les événements climatiques extrêmes (canicules, sécheresses) que nous avons traversés cet été doivent nous servir de catalyseur pour aborder la question de l’adaptation. Il s’agit de montrer concrètement comment la sobriété heureuse améliore notre qualité de vie et pourquoi il est urgent de faire évoluer nos modes de consommation.

Cette transformation du territoire doit aussi renforcer la coopération entre élus, agents, entreprises et habitants, en dépassant la simple communication réglementaire. L’enjeu est de créer des espaces inspirants qui transforment tous nos partenaires en acteurs engagés, qu’il s’agisse du domaine de l’énergie, de l’alimentation ou d’autres secteurs. J’espère notamment que nous parviendrons à associer les agriculteurs et agricultrices à l’évolution de leurs pratiques : cultures moins consommatrices d’eau, réduction de l’élevage au profit de cultures végétales, tout en accompagnant les consommateurs — grands et petits — vers de nouvelles habitudes alimentaires. »


Concrètement, en quoi consiste le projet ?

Lors de sept soirées collectives, ils échangeront autour de leur expertise d’usage sur des thématiques telles que l’alimentation, la mobilité, les loisirs ou encore le logement, dans un cadre bienveillant et sans jugement.

Pour faciliter l’implication des habitants, un service de garde d’enfants est proposé et le covoiturage est favorisé : moins de coûts, plus de convivialité.

Dans la seconde étape de « massification », les participants seront également invités à devenir des ambassadeurs de la démarche sur leur territoire.

Première étape avec une expérimentation de cette « sobriété heureuse » par un groupe d’habitants pionniers. Dans une dynamique collective, joyeuse et aidante, 28 foyers sont accompagnés dans leur quotidien pendant un parcours de huit mois

La moitié de ses membres a été tirée au sort, tandis que l’autre moitié est constituée de volontaires.

Cette méthode permet notamment d’impliquer des personnes moins sensibilisées à ces enjeux. Car l’une des ambitions du projet est de ne pas mobiliser uniquement les « guerriers de la sobriété », mais d’embarquer un public plus large.

L’objectif est de permettre aux habitants de monter en compétences sur les questions de sobriété, d’ouvrir de nouvelles portes et de développer l’entraide.


En s’appuyant sur leurs réseaux de proximité, ils pourront participer à des campagnes de communication, organiser des réunions publiques ou encore animer des jeux coopératifs afin de favoriser le passage à l’action.

Assemblée des acteurs 01/07/2026 et 1ère soirée collective le 02/07/2026


En parallèle, l’Assemblée des acteurs participera à des visites, des webinaires et des conférences afin de réfléchir à la manière dont les structures du territoire peuvent évoluer vers davantage de sobriété.

Début 2027, le comité de coopération, l’Assemblée des acteurs et les habitants pionniers se rencontreront afin de réaliser un diagnostic partagé et d’aboutir à un plan d’action structuré autour de trois grands projets, sur lesquels le Réseau Cohérence concentrera la suite de son accompagnement.

L’objectif est de toucher 20 % des habitants du territoire lors de la phase de massification et de faire de l’Assemblée des acteurs un outil pérenne. Plus largement, le projet vise à acculturer l’ensemble des acteurs du territoire à la notion de sobriété, à encourager leur coopération et à faire émerger une vision commune de l’avenir. Le lien est au cœur de la démarche : lien à soi, aux autres et à la nature.

Samuel Gattier, conseiller délégué à la transition écologique à la ville de Liffré

 » Pour l’instant, il est difficile de prévoir l’impact du projet « Sobriété heureuse » sur la trajectoire du territoire, car nous sommes au démarrage du projet. Mais ce qui est sûr, c’est que l’on sent une énergie nouvelle. L’arrivée de Cohérence, avec ses méthodes professionnelles et sa « neutralité » car extérieure au territoire, nous oblige à porter une attention plus forte sur la question de la sobriété.

La collectivité menait déjà des actions concrètes et des actions de sensibilisation, mais ce que je souhaite avant tout, c’est que ce projet se construise vraiment ensemble : la collectivité, les citoyens et les associations. Ce n’est pas une démarche que la collectivité doit porter seule ni imposer — c’est un travail collectif, où chacun apporte sa pierre, où la collectivité ouvre le cadre et les habitants et les associations s’en saisissent. Nous nous inscrivons dans une continuité, même si la trajectoire exacte nous reste à définir tous ensemble.

Dans 5 ou 10 ans, je souhaite que nous ayons un lieu plein de vie dédié à la transition, un lieu d’échanges et de troc, porté conjointement par la collectivité, les habitants et les associations locales — avec des habitants qui ont du temps pour faire avancer les projets locaux et où l’on donne du temps aux autres. Faire que les habitants ne restent plus chez eux seuls. Un lieu qui soit à la fois un lieu d’accueil des questions de la collectivité aux habitants, un lieu où la collectivité propose des actions aux habitants, et surtout un lieu où les associations et les citoyens peuvent eux aussi proposer, organiser et faire vivre des initiatives. Un vrai espace de co-construction, à trois voix. »


Quelles coopérations ? Quels engagements ?


En résonance avec l’ambition du projet d’embarquer les différents acteurs du territoire, le Réseau Cohérence a proposé aux autres candidats ayant répondu à l’AMI d’intégrer l’Assemblée des acteurs. On peut citer Distro, En boîte le Plat ou encore la Maison de la Consommation et de l’Environnement de Rennes.

La coopération est au cœur de la démarche. L’assemblée des acteurs l’incarne en tant qu’outil de pérennisation. Elle est pensée comme indispensable au changement culturel, à la remise en question des modèles actuels et à l’invention de nouveaux modèles pour demain.


Source : entretien avec Julian Pondaven, Directeur du réseau Cohérence, 22/06/2026